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Laà¯cité

La laà¯cité désigne le principe de séparation dans l'État de la société civile et de la société religieuse, ainsi que le caractère des institutions qui respectent ce principe.

Selon ce principe, la croyance religieuse relève de l'intimité de l'individu. Les convictions religieuses (ou l'absence de conviction) de chacun, qu'il faut peut-être distinguer des options spirituelles ou métaphysiques théistes plus ou moins indépendantes des religions, sont alors volontairement ignorées par l'administration.

La laà¯cité implique un enseignement d'o๠la formation religieuse (dans le sens enseignement de la foi) est absente. Pour autant, l'enseignement des religions n'est pas incompatible avec la laà¯cité, tant qu'il ne s'agit que de décrire des "us et coutumes", et si l'on présente chaque religion d'un point de vue extérieur à  celle-ci (si tant est qu'il soit possible de transmettre une culture religieuse en faisant abstraction du dogme qu'elle véhicule et que l'on puisse traiter toutes les religions de manière égale).

Table of contents
1 Origines de la laà¯cité
2 Aujourd'hui
3 Laà¯cité par pays
4 Annexes

Origines de la laà¯cité

Au Ve siècle, le pape Gélase Ier avait énoncé la doctrine des deux glaives visant à  séparer le pouvoir temporel et l'autorité spirituelle.

La laà¯cité est indépendante de la liberté de culte. Celle-ci apparaît historiquement bien avant, dans des États décidant de tolérer d'autres religions que leur(s) religion(s) d'état(s). Mais la liberté de culte change de nature : tous les cultes y sont égaux, et subordonnés aux règles d'état. Si une règle religieuse entre en contradiction avec une règle de l'état, les adeptes de cette religion se trouveront persécutés. La laà¯cité est donc parfaitement compatible avec une liberté de culte restreinte (indépendamment de tout jugement sur la légitimité d'une telle restriction, qui frapperait par exemple un culte pratiquant les sacrifices humains...)

Le terme laà¯cité est apparu pour la première fois en 1871 en France par dérivation de l'adjectif laà¯c, qui signifiait « qui n'appartient pas au clergé ni à  un ordre religieux » ou « qui appartient au monde profane ou à  la vie civile » . Ensuite, le terme laà¯cité a pris son sens actuel au cours des débats, particulièrement vivaces en France, concernant la place de la religion (en particulier catholique) dans l'enseignement scolaire au début du XXe siècle (Loi du 9 décembre 1905).

Aujourd'hui

La laà¯cité est devenue une idée politique, dont l'idéal est l'absence totale d'ingérence de la religion dans la sphère des pouvoirs :
  • la loi ne tire pas sa légitimité d'une conformité à  des préceptes religieux (pour autant, la loi peut contenir des articles qu'on pourra toujours mettre en correspondance avec tel ou tel précepte religieux)
  • par conséquent, le citoyen est jugé indépendamment de ses convictions religieuses,
  • l'exercice du pouvoir politique n'est pas conditionné par le respect de prescriptions religieuses ou l'appartenance à  un groupe religieux.

Laà¯cité par pays

à€ partir du moment o๠la liberté de culte est assurée, on s'aperçoit que l'influence des Églises n'est pas directement corrélée à  leur statut juridique. Par exemple la Suède, pays reconnaissant une religion d'état, est certainement l'un des pays les moins religieux d'Europe : en un siècle l'Église de Suède est devenue, comme la monarchie, un simple folklore pour la plupart des habitants. A contrario des pays de constitution laà¯que comme la France ou le Portugal ont une tradition catholique toujours vivace. Le classement suivant repose donc uniquement sur le statut juridique des Églises, sans présumer de leur poids politique effectif.

Pays constitutionnellement laà¯ques

Pays séculiers

Pays reconnaissant aux Églises un statut spécial par rapport aux autres associations ou dont la constitution fait référence à  Dieu. La constitution des ces pays établit la séparation de l'Église (compris comme religionS) et de l'État.
  • Pays-Bas : l'Église réformée a perdu le statut de religion d'État en 1983
  • Belgique depuis la fondation du Royaume en 1830. Les membres du clergé sont rémunérés par l'état. La Belgique et les Pays-Bas reconnaissent un principe différent de celui du sécularisme, celui de la piliarisation.
  • États-Unis d'Amérique (république chrétienne puritaine dont la devise est, depuis 1956, In God we trust), le premier amendement fait parti d'une des premières constitutions à  garantir la non ingérence de l'État dans les religions et la liberté de culte.
  • Allemagne, Autriche, Luxembourg,
  • Espagne, mais l'instruction religieuse catholique est obligatoire depuis décembre 2003. Les autres religions n'ont droit qu'à  un enseignement de morale civique o๠les autres religions sont qualifiées d'hérésies (aboli en 2004, après les élections)
  • Italie, Irlande.

Pays avec religion d'État

Pays o๠une religion est déclarée comme « dominante » par la Constitution.
  • Suède (le luthéranisme n'est plus religion d'État depuis 2000), Danemark et Finlande (Église luthérienne) ;
  • Grèce (Église orthodoxe) ;
  • Royaume-Uni (anglicanisme en Angleterre, et Église presbytérienne en Écosse) : monarchie parlementaire de droit divin, dont la devise est ;
  • Malte (Église catholique), mais la liberté de conscience est garantie par la Constitution ;
  • Israà«l (république) Fondé comme comme l'État pour les juifs, il devint l'état juif, à  la suite d'un accord entre Ben Gourion et la minorité orthodoxe dans le but d'obtenir son soutien dans la guerre d'indépendance contre la Grande-Bretagne. Aujourd'hui, la situation israélienne est complexe :
    • l'état civil est régi par la loi religieuse (de chaque citoyen qui ne sont pas tous juifs),
    • les conversions obtenues à  l'étranger auprès de rabbins libéraux ne sont pas reconnues, non plus que les mariages conclus par ceux-ci
    • Deux consistoires représentent l'autorité religieuse : 1 ashkenaze et 1 sépharade ; les falashas sont donc défavorisés qui ne se réclament ni des uns ni des autres.
    • le divorce peut être demandé par les femmes comme par les hommes auprès de l'autorité religieuse (ou civile pour les étrangers résidents)
    • l'état favorise le financement des congrégations massorti (conservateur sur la foi, moderne sur la théologie morale et la laà¯cité) et les congrégations libérales (moderne sur tous les points)
    • seuls les citoyens juifs et les citoyens druzess font le service militaire,
    • le reste de la république est laà¯que.
  • En Tunisie, l'islam est religion d'état. Cela se traduit essentiellement d'une part par une obligation d'être musulman pour le Président de la République, et d'autre part par des cours d'instruction religieuse à  l'école. Cependant, le reste de la société fonctionne de manière laà¯que (interdiction de porter le foulard dans les administrations, par exemple) et la liberté religieuse est garantie pour tous (excepté le président de la République).

Pays théocratiques

Gouvernements dans laquelle les prêtres ou leurs représentants exercent l'autorité au nom de Dieu.
Note : au masculin et au neutre, laà¯c (adjectif ou nom) peut aussi s'écrire laà¯que, au féminin on doit utiliser la forme laà¯que.

Un cas particulier : l'Union européenne

L'Union européenne regroupe des États ayant des conceptions différentes de la laà¯cité. Pour tenter de gommer ces divergences, le Projet de traité instituant une Constitution pour l'Europe (juin 2003) consacre l'article 51 de sa première partie au statut des Églises et des organisations non confessionnelles :

  • 51-1 : L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres.
  • 51-2 : L'Union respecte également le statut des organisations philosophiques et non confessionnelles.
  • 51-3 : Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier, avec ces Églises et organisations.

Beaucoup en France se sont élevés contre l'alinéa 3, dont ils estiment qu'il accorde aux Églises des privilèges incompatibles avec une constitution laà¯que. Ils proposent sa suppression, l'alinéa faisant de toute façon double emploi avec l'article 46(-2): « Les institutions de l'Union entretiennent un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile. »

Annexes

articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • Jean Baubérot
    • La Laà¯cité, quel héritage ? Genève, ed. Labor et Fides 1990.
    • Vers un nouveau pacte laà¯que, Paris, Seuil, 1990.
    • (sous la direction de Jean Bauberot ) : Religions et laà¯cité en Europe, Paris, éd. Syros, 1994.

  • Odon Vallet, Petit lexique des idées fausses sur les religions, Albin Michel 2002, ISBN 2226130934